Bon, encore une histoire de ski. Cette fois c’est à la Wandflue, petit sommet élégant des Préalpes, pentu et paré de calcaire gris. Avec Marie-Claude, on décide d’aller y traîner nos skis.
Les premières neiges ont gelé dur. En sortant de la forêt, la trace se mue gentiment en patinoire. On se dit: il faut mettre les couteaux. Aussiôt dit aussitôt fait. Mais la neige devient de plus en plus dure, les conversions dans la zone raide de plus en plus délicates, car lorsqu’il n’y a pas de glace il y a des trous (traces de pas) ou des cailloux (faut qu’il reneige) les skis n’accrochent plus. Du coup les conversions ressemblent aux pas d’un ballet précautionneux et aléatoire. Pour finir, on n’y tient plus: on met les skis sur le sac et on quitte la trace, car la neige est moins dure à côté (du coup on fait des trous nous aussi).
Sur un replat on remet les skis. Un bruit léger derrière nous et voici venir un Athlète des neiges. En combinaison moulante et casque vissé sur la tête, il nous dépasse en foulées légères, nous saluant cordialement. Il disparaît.
Nous arrivons au sommet, l’Athlète s’est évaporé. Je ne l’ai même pas vu descendre. Je demande à Marie-Claude: avait-il AU MOINS des couteaux? “Non” est la réponse consternée. J’ai l’impression qu’on se moque de moi.
On redescend, d’abord sur la neige dure, puis dans un carton plus ou moins acceptable. On se prépare pour le deuxième talus, le Husegg. Tiens, re-voilà l’Athlète…qui revient DEJA du Husegg. Toujours cordial: “le couloir passe bien, à droite, là…” . Il a des skis super-légers, ni le carton ni la glace ne lui font peur. Et hop, il remonte à la Wandflue, presque en sautillant.
Bon.
On monte au Husegg, on redescend dans le couloir avec des bruits de vaisselle cassée: une drôle de croûte revêt la neige et rend les virages un peu lourdingues.
Puis on attaque la descente finale dans le carton, les fausses traces gelées etc. ZZZ…tiens, l’Athlète encore, qui redescend DEJA de la Wandflue, sans une goutte de sueur au front. “ça passait bien le couloir, non?” qu’il nous lance avant de nous quitter avec un joyeux “au revoir” et de disparaître dans une godille impeccable dans une neige exécrable…
Un mutant je vous dis. Trop doué pour être honnête et cordial avec ça. Je me pince: était-ce un djinn? un génie des alpages?