Montagne de rêve, montagne de cauchemar
Un reste de neige, si ténu soit-il, me sort de ma tanière jeudi soir. Sous un ciel de nuit éblouissant d’étoiles, je suis montée à ski à la Berra. Entre les sapins noirs, Orion et les Pléiades se causaient silencieusement. Oh je sais bien qu’il n’y a personne là-haut, néammoins, dans ces instants-là, je n’oublie jamais que nous sommes les enfants des étoiles…par la force chimique des choses.
Samedi, visite à l’Albristhorn, qui se donnait des allures de prince d’hiver malgré les avancées sournoises d’un printemps trop précoce, droit sous ses pieds. Un foehn épais comme un sirop me brûlait les poumons. Seules quelques plaques de glace un peu traitresses m’ont fait patiner sous le col, sinon les pentes étaient encore somptueuses et belles à skier. Au sommet, la vue était large, et on entendait fondre toutes les neiges de la montagne, qui luisaient de sueur sous le soleil de ce février fou…
Dimanche: en face de l’Albirsthorn, de l’autre côté de la vallée, il y a comme un dinosaure blanc à la longue échine tranquille: le Wistätthorn. C’est là que nous avons choisi de randonner sans stress, Isabelle et moi. La crête sommitale, ondulée et blanche, s’étire sous le ciel et domine des vallons perdus, traversés de ruisseaux silencieux et méandreux. Au sommet, nous faisant face et nous regardant droit dans les yeux, le Lauenenhorn et sa suite, le Gifferspitz . Quelques bienheureux y ont brodé des traces dans la face est. On papote: il y a de belles pentes à presque 40 degrés sur la face nord de ce Lauenenhorn…le vent l’a pelé et re-pelé cet hiver…
De retour à la maison, je rencontre mon voisin. Il a une énorme montagne à nous raconter: samedi, il y était au Lauenenhorn. Avec 8 autres personnes du club alpin. Eh bien…ils ont décroché une monstrueuse plaque à vent, large de 150 mètres. 5 personnes ont été balayées par l’avalanche, dont trois complètement ensevelies. Ma copine Marie-Claude a failli y rester, tout comme Hubert, qui était déjà pratiquement asphyxié lorsqu’on l’a sorti. L’image de ces amis et copains de montagne enfouis sous la neige, si proches de la mort, m’a bouleversée. Je ne peux que tirer mon chapeau à mon voisin Christophe, et à Marc, qui n’ont pas perdu le nord, et les ont dégagé avec une incroyable efficacité.
En montagne le rêve n’est parfois séparé du cauchemar que par le souffle du vent…