Grimper sur un océan
Un automne doux rend vagabond…Poursuivant mon flirt avec la frontière nord du Valais, je me suis retrouvée dans une lumière translucide à grimper le sentier qui mène d’Ovronnaz à la cabane Rambert, pour ensuite gravir le grand Muveran.
Un étage, deux étages, puis sur la droite…un mégaptère aux fanons de roche plissée, jaillit de terre, immobilisé dans le soleil. Passée cette première rencontre, un replat minéral traversé d’un fantôme de torrent nous accueille à l’entrée du vieil océan de calcaire de la chaîne des Muverans, figé en multiples châteaux, tours et balcons. Les gazons sont d’or vieilli, la roche d’argent foncé, le silence profond. La lumière s’y déverse sans retenue et cisèle des ombres dans la caillasse.
Des bouquetins couleur miel foncé nous observent, incertains. Ils disparaissent en trois bonds veloutés, alors que nous attaquons cette muraille qui me semble impossible. Mais quelle surprise: sur le flanc figé de cet océan géologique, un minuscule chemin suit une vire avec un entêtement tel que bientôt nous voilà au sommet. On veille à chaque pas, suspendu sur ce chemin de ronde improbable.
Du sommet, on voit la suite de l’océan: Diablerets, Pacheu, Sanetsch. La roche a été travaillée cette fois non pas par un Grand Bricoleur, mais par un Couturier Mégalomane: des plissés, des froncés, du point de croix de calcite blanche dans les dalles gris foncé, des crevés, des zébrures.
C’est trop vite fini…en quittant l’océan, on plonge dans une brume de mélèzes et de feuillus lumineux qui ramènent le vagabond à la raison…
On n’avait pas poussé jusqu’au Grand Muveran mais je me souviens de ce lever du soleil depuis la Cabane Rambert, la traversée de l’immense pierrier et la dessente de vallée en vallée jusqu’à Derborence. Des dalles qui affleuraient dans l’herbe ornées d’énormes fossiles. Ca me paraissait incroyable d’en trouver comme ça, hors d’un musée ou d’une salle de classe ! Et là aussi, des ribambelles de bouquetins au loin.
Commentaire par La Frangine — 16.10.2007 @ 11:15
Grâce à MoukMouk, je découvre ici un réel talent d’écrivain avec des descriptions qui permettent de se passer de photo et des métaphores pleines de poésie. Bravo !
Commentaire par Kinkapricorne — 16.10.2007 @ 21:16
Je dois remercier Moukmouk d’avoir donné le lien vers ton blog!
Tu racontes la montagne d’une très belle façon.
Commentaire par Sara — 17.10.2007 @ 8:10