Blog de Catherine

11.01.2008

Venise

Classé dans : De tout et de rien — Catherine Martinson @ 10:20
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Après un nombre honteux de jours d’absence, je retrouve l’envie de revenir sur la toile. J’ai visité Venise au mois d’octobre. Non seulement la ville m’a coupé le souffle, mais aussi la plume. Que peut-on écrire qui n’a pas déjà été dit? ressenti? décrit?

Après trois jours de flâneries dans le jeu de l’oie que forment les ruelles de Venise, je suis rentrée en me disant: c’était bien. Une très belle ville.

Mais avec le temps, les souvenirs et les impressions se transforment: Venise est un poème de pierre. Comme des lambeaux de brume, me reviennent des lumières nacrées, les couleurs douces, la gaieté un peu triste de cet ancien marais où se sont croisés les mondes de Byzance et d’Occident. La ville s’est mise à me hanter…

Mais qui donc étaient ces vénitiens pour construire leurs palais comme de géantes pâtisseries ciselées? qui donc a imaginé au Vème siècle qu’il serait possible de bâtir une jungle foisonnante d’églises et de châteaux sur ce marécage marin? De quelle lampe sont sortis ces génies fous, pour qui aucune limite matérielle ne semblait exister?

Impressions volées

Fenêtres. L’Orient s’affiche dans les fenêtres des palais: fendues et pointues, on y attend  un oeil noir en amande guettant entre des stores mi-clos un soupirant ou un message. Mais n’était-ce pas des princesses d’un blond cuivré qui façonnaient la vie mondaine? Déconcertant…

Crépis: décrépir est un verbe négatif. Or à Venise, les crépis prennent une infinité de tons d’ocres doux, et ô miracle, lorsqu’ils se décomposent, apparaissent des camaïeux carmins et roses des briques de calcaire. En vieillissant, certaines bâtisses deviennent splendides.

Lumière: quel que soit le temps, la ville irradie d’une lumière douce et mélancolique. L’eau tremblottant dans les canaux ou dans la lagune devient perle ou huître. Il ne fait sombre que la nuit, et encore…les canaux continuent de refléter quelques lumières connues d’eux seuls.

Arsenal: j’ai été saisie par cette muraille faussement guerrière dressée comme pour des poupées. Quelle fantasque idée que de construire un rempart de chantier naval rose carmin, si basse qu’on pourrait presque lorgner derrière en se hissant sur la pointe des pieds. Crénaux crantés, juste pour faire joli. Une horloge d’un bleu arabe, ornée de blanc et d’or n’a rien de militaire non plus. Et les lions blancs, tatoués par les vikings, font partie de cet incessant carnaval vénitien, si incompatible avec la puissance militaire de la république d’autrefois.

Canareggio. Marchés de fruits et de poissons, affairement pas trop sérieux des passants, trafic sur le canal gris…c’est le quartier “normal” où j’aime aller marcher le matin, où les masques sont rangés. L’expresso au comptoir au son des rolling stones n’est pas mal non plus.

Le paraître. Tombée en arrêt dans une boutique de masques et costumes de carnaval. Fixée par les yeux vides des masques délirants, je réalise que le paraître, si superficiel fait partie de l’humanité, quoiqu’en disent les calvinistes. Les frénésies d’aujourd’hui sont bien pâles à côté de celles de nos prédecesseurs vénitiens…

Carré d’herbe. Le long d’un canal, près d’un chantier de gondoles, un carré vert me saute aux yeux: de l’herbe. Perdue dans mes flâneries de pierres, je me suis laissée surprendre..

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