Blog de Catherine

15.10.2007

Grimper sur un océan

Filed under: De tout et de rien — Catherine Martinson @ 23:30

Un automne doux rend vagabond…Poursuivant mon flirt avec la frontière nord du Valais, je me suis retrouvée dans une lumière translucide à grimper le sentier qui mène d’Ovronnaz à la cabane Rambert, pour ensuite gravir le grand Muveran.

Un étage, deux étages, puis sur la droite…un mégaptère aux fanons de roche plissée, jaillit de terre, immobilisé dans le soleil. Passée cette première rencontre, un replat minéral traversé d’un fantôme de torrent nous accueille à l’entrée du vieil océan de calcaire de la chaîne des Muverans, figé en multiples châteaux, tours et balcons. Les gazons sont d’or vieilli, la roche d’argent foncé, le silence profond. La lumière s’y déverse sans retenue et cisèle des ombres dans la caillasse.

Des bouquetins couleur miel foncé nous observent, incertains. Ils disparaissent en trois bonds veloutés, alors que nous attaquons cette muraille qui me semble impossible. Mais quelle surprise: sur le flanc figé de cet océan géologique, un minuscule chemin suit une vire avec un entêtement tel que bientôt nous voilà au sommet. On veille à chaque pas, suspendu sur ce chemin de ronde improbable.

Du sommet, on voit la suite de l’océan: Diablerets, Pacheu, Sanetsch. La roche a été travaillée cette fois non pas par un Grand Bricoleur, mais par un Couturier Mégalomane: des plissés, des froncés, du point de croix de calcite blanche dans les dalles gris foncé, des crevés, des zébrures.

C’est trop vite fini…en quittant l’océan, on plonge dans une brume de mélèzes et de feuillus lumineux qui ramènent le vagabond à la raison…

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14.10.2007

Et si…

Filed under: De tout et de rien,L'écolo, elle en pense quoi? — Catherine Martinson @ 19:18

Ai acheté l’autre jour par curiosité un magazine de…philosophie. Sur la couverture, un titre: la bombe écologique. Me suis dit, tant qu’à faire, pourquoi pas chercher quelques réponses philosophiques à l’avenir de la planète?

Les articles analysent le discours écologique, parlent d’apocalypse (!), de sacralisation de la nature (!?), de la dualité homme-nature (pff)… ça ne m’inspire pas plus que ça. Mais voilà que je tombe sur l’édito, qui lui est charmant: « Ecologie du chagrin d’amour« . En voici quelques extraits:

(…) Où pouvons-nous aller oublier notre peine lorsque nous sommes malchanceux en amour? (…) Une écologie du chagrin d’amour serait à inventer. Nous écoutons d’une oreille distraite les militants verts et les mauvais augures qui nous rabâchent qu’il faut sauver la planète pour le bien de l’humanité ou des générations à venir: ces finalités sont vagues et éloignées de nous. Et si c’était pour des raisons intimes qu’il fallait renouer un lien avec la nature? S’il est urgent de veiller sur cette dernière, c’est aussi pour préserver le refuge des amoureux »…

🙂

Les bijoux du Cousimbert

Filed under: De tout et de rien — Catherine Martinson @ 19:06

Au milieu d’une semaine délirante, j’ai planté là mon portable et mes soucis, et je me suis éclipsée au milieu de l’après-midi. Direction: une montagne tout près, sous la main, pour retrouver à grandes enjambées ne serait-ce que mon prénom. Le Cousimbert est donc la destination de choix. Un peu bourru, hérissé de plantations d’épicéas et renommé pour ses flysch boueux, il étire son épaule de gazons sous le ciel bas à un jet de pierre de chez moi.

Ses aspects un peu frustes disparaissent lorsqu’on s’attaque au sentier, crasseux de boue il est vrai. Tout d’abord, on se croit dans une forêt peuplée de djinns farceurs. Un craquement bizarre, on s’arrête, sûr de voir quelque apparition animale ou surréelle, mais non. Les sapins ne bronchent pas, semblant dire: pô moi! Un gémissement bizarre…mais non, ce sont les génisses plus bas dont le meuglement est déformé par les sapins et la brume. Des bruissements, claquements, cette forêt ne cesse de faire des calembours. Mais si on sait que le lynx fréquente ce massif, on ne s’étonnera plus de ces impressions fugitives que la montagne est « habitée ».

Au détour de pétasites et glissant dans la boue, alors que j’arrive dans l’étage des oiseaux chanteurs, je tombe en arrêt devant un étalage de bijoux intattendus: les prêles d’un talus sont brodées de perles de pluie qui brillent, insouciantes du vert et brun sombres de la forêt. Emerveillement enfantin.

Plus haut, j’arrive dans la neige (d’octobre!!!) et les rhododendrons boudeurs. Le grésil engoufre le paysage, si bien que lorsque le tétra-lyre s’envole en râlant devant moi, mon coeur rate trois battements. Celui-là n’avait au moins rien d’un troll…

Au retour, de glissades en glissades, je retrouve mon jardin de prêles et de  pluie, qui malgré le grésil, continue de luire pour dieu sait quelle fée gruyérienne…

03.10.2007

Lapiez

Filed under: De tout et de rien — Catherine Martinson @ 8:30

J’ai un faible pour les transitions: crépuscules, aubes, étage subalpin, no-man’s-lands des frontières.

Dimanche, je me suis plongée dans une transition somptueuse, la région des lapiez qui séparent le Valais du canton de Berne. Au barrage de Zeusier, les lambeaux de brouillards ne parviennent pas à cacher le turquoise ravageur du lac et sa couronne d’arbres dorés. Il faut passer ensuite la falaise qui bouche le cirque dans lequel se prélasse le lac. Les dents de scie du chemin permettent d’éviter toute escalade, et voici soudain la longue plaine secrète qui méandre entre la chaîne du Wildhorn et les petits sommets qui ponctuent la fin du massif du Wildstrubel. Là ce sont lapiez, calcaires bruns et soucieux,  petits lacs étonnants et marais cachés par la neige. La lumière se fait généreuse, le silence converse avec les pierres. Malgré les gouilles, c’est la zone où l’eau disparaît. Le lapiez est peut-être traversé par des animaux-contrebandiers, qui se faufilent dans les dernières poches tranquilles des Alpes.

Le col du Rawyl mérite un point de suspension: d’un côté on parlera bernois, de l’autre, valaisan. L’herbe est rousse et les roches persistent dans leur couleur brune et butée.

Une moraine raide bordant un glacier minuscule, un glacier relique, conduit à la cabane du Wildstrubel, puis au col du Weisshorn. Et là, même si la pierre reste reine, même si la roche reste roche, c’est un autre royaume. Le versant de la Plaine Morte est jonché de cailloux gris, les lapiez sont plus pâles, la solitude minérale reste grande, malgré l’ombre des installations mécaniques au loin sur la crête. Dans le vaste creux de pierres qui permet de rejoindre le flanc de gazons qui ramène au barrage, on a envie de s’arrêter, construire un cairn, écouter les cailloux murmurer des inconnues entre eux.

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